Le 23 novembre, j’ai couru mon premier trail dans le Beaujolais.
Courir son premier trail, c’est accepter de ne pas tout contrôler.
Treize kilomètres annoncés. Zéro préparation sérieuse. Un seul objectif : terminer.
Ce matin-là, j’avais en tête treize kilomètres.
Treize me semblait raisonnable.

Treize sonnait possible pour moi.
Treize avait une fin où j’arrivais debout, même si courbée.
Puis j’ai appris, juste avant le départ, que ce n’était pas vraiment treize.
C’était plus proche de quinze. Quatorze virgule quelque chose. Autant dire quinze quand on n’a pas préparé treize.
Pas un « petit ajustement ».
Une vraie cachotterie.
Le genre d’information qu’on te glisse avec un sourire alors que toi, tu recalcules déjà mentalement ton souffle, tes jambes, ton énergie.
Bon. Je dramatise un peu.
Ça n’allait pas coûter une âme.
Mais quand même.
Dans la tête, deux kilomètres de plus, ce n’est pas anodin. C’est une autre histoire.
Et c’est là que l’Univers m’a rappelé quelque chose.
Avec beaucoup d’humilité.
On croit qu’on part pour treize. La vie te donne quinze.
Toujours un peu plus. Toujours un écart entre le plan et la réalité.
Comme si on te disait, doucement mais fermement : Tu voulais du contrôle ? Voici du réel.
Être prête, ce n’est pas que le parcours soit exact. C’est accepter qu’il déborde.
Ce que je n’avais dit à personne, c’est que ce matin-là, au-delà de mes doigts ankylosés par le froid, je portais autre chose que mon sac de trail.
Je portais Mademoiselle Maman.
Pas un projet né la semaine précédente. Pas une lubie du dimanche soir.
Quelque chose qui me trottait dans la tête depuis longtemps. Une idée avec un nom. Une intention. Une voix.
Une de ces choses qu’on sait qu’on fera un jour. Sans jamais trouver le bon moment pour le faire vraiment.
Au-delà du défi physique, c’est ça qui était dans mes jambes ce matin-là.
Des gens m’avaient dit : Un blog en 2026, c’est inutile. Personne ne lit.
J’avais répondu : peut-être.
Quand on s’apprête à lancer quelque chose,
surtout quand on est convaincue à 95 %, il se passe un phénomène étrange.
On va chercher des avis.
Pas parce qu’on ne sait pas. Pas vraiment.
Plutôt pour se tester. Pour voir si notre conviction tient debout face au vent.
Un peu comme enlever la croûte d’une blessure, alors qu’on sait très bien que ce n’est pas une bonne idée.
Je le fais souvent.
Je pose la question.
Je tends l’oreille.
Je regarde si ce que j’ai construit intérieurement résiste au regard extérieur.
On m’a dit : Un blog, ça ne sert plus à rien. Les gens ne lisent plus. Tu arrives trop tard.
J’ai souri.
Je n’ai pas vacillé.
Ce trail, c’était la même chose.
Aller voir si j’étais prête à tenir quand ça pique un peu.
Ce trail, c’était ma réponse à moi-même.
Avant le départ : ce qu’on ne dit pas sur la prise de décision
Il y a une chose que personne ne dit sur la prise de décision quand on est une femme ambitieuse qui refuse de choisir entre ses projets et sa vie.
On nous apprend à décider quand on est prête. Quand c’est le bon moment. Quand toutes les conditions sont réunies.
On pourrait en parler longtemps.
Très longtemps.
C’est quoi, être prête ?
Parce que même aujourd’hui, en écrivant ces lignes, je ne suis pas sûre d’être prête.
Prête à quoi, exactement ? À ne plus douter ?
À maîtriser chaque variable ?
À avoir un plan B, C et D parfaitement huilés ?
Si c’est ça, alors personne ne commence jamais rien.
Et ces fameuses conditions réunies.
Lesquelles ?
Un agenda vide ?
Des enfants parfaitement autonomes ?
Un compte bancaire rassurant ?
Un entourage unanimement enthousiaste ?
En tant que femme, les aléas font partie du décor.
Ils ne sont pas l’exception. Ils sont le quotidien.
On gère le travail. La maison. Les imprévus.
Les émotions des autres.
Les nôtres aussi, quand il reste un peu de place.
Attendre que tout soit stable pour agir, c’est attendre une mer sans vagues.
Quant au fameux bon moment…
Tu sais déjà.
Le bon moment est toujours après quelque chose. Après les vacances. Après la rentrée. Après ce dossier. Après que les enfants grandissent. Après que la situation se clarifie.
Il se déplace. Il promet. Il n’arrive jamais.
Alors ce matin-là, le 23 novembre, je n’étais pas prête. Les conditions n’étaient pas réunies. Et ce n’était pas le bon moment.
C’était simplement le moment où j’ai décidé que ça suffisait d’attendre.
Il faisait froid. J’étais dans ma voiture.
Et j’ai eu cette pensée très honnête : Ma cocotte, on y va vraiment? Tu es sûre de toi?
Je suis sortie.
Sans grande déclaration intérieure.
Sans musique épique. Juste une portière qui claque et un pas sur le gravier gelé.
Ce trail, inconsciemment, c’était un test.
Pas un test de condition physique. Un test de capacité à porter quelque chose d’incertain jusqu’au bout.
Si je m’arrêtais au kilomètre 7… est-ce que ça voudrait dire que j’abandonnerais Mademoiselle Maman à la première difficulté ?
Je ne me l’étais pas formulé comme ça avant de partir.
Mais à l’arrivée, c’est exactement ce que j’avais compris.
Le 3 janvier, la neige, et la question qui change tout
Le 3 janvier. Le Rotary Trail de Beaune.
Quatorze virgule cinq kilomètres en Bourgogne,
quelques jours après le Nouvel An.
Ce matin-là, il fait froid.
Mais le soleil est là.
Un de ces soleils d’hiver qui te donnent l’impression que tout est aligné.
Et là, je fais un peu ma Beyoncé.

Dans ma tête : I slay !
J’ai survécu au Beaujolais. Quinze kilomètres déguisés en treize. La boue. Le froid.
Je viens juste cocher une case. Entretenir la dynamique. Presque une formalité.
Que nenni.
Au milieu du parcours, le soleil disparaît.
D’abord les nuages. Puis la neige. Puis la pluie froide.
Le sol devient glissant. Les appuis incertains. Les jambes moins résistantes que prévu.
Le balisage ? Pas incroyable. Par moments presque invisible.
Mes lunettes sont complètement embuées.
Je ne vois plus grand-chose. Je ralentis.
Je cherche les marques.
Je me perds.
Je glisse. Beaucoup.

À un moment, j’ai envie de pleurer.
Vraiment.
Pas pour le récit. Pas pour la dramaturgie.
Juste parce que je suis fatiguée, trempée, frustrée. Et que je ne contrôle plus rien.
Humilité ++ installée.
Et là, il faut décider.
Marche arrière ? Abandon ?
On avance? On s’accroche ?
Une pensée traverse le brouillard :
Si tu t’arrêtes maintenant, Mademoiselle Maman mourra à la première difficulté?
J’ai continué.
J’ai terminé.
Sous la pluie. Avec de la boue jusqu’aux genoux.

J’étais dernière.
Dernière du Rotary Trail de Beaune.
Mais ma joie dépassait sûrement celle du premier, je peux vous l’assurer.
Parce que je n’avais pas décidé de gagner.
J’avais décidé de terminer ma course.
Je l’ai fait.
Je l’ai fait.
Pas vite. Pas brillamment. Pas en tête.
Mais je l’ai fait.
Et sur le chemin du retour, dans le train, une évidence s’est installée.
Ce n’était pas une histoire de trail.
Ce n’était pas une histoire de sport.
C’était une histoire de décision.
Une décision tenue quand le décor devient hostile.
Une décision tenue quand l’ego est remis à sa place.
Une décision tenue quand personne ne regarde.
Ce que ces deux courses m’ont appris, ce n’est pas à courir.
C’est à décider.
Et à rester alignée avec cette décision, même quand les conditions changent en cours de route.
Ce que ces deux trails m’ont appris sur la prise de décision
1. La décision ne se prend pas en regardant la ligne d’arrivée
Quand on démarre un trail de presque quinze kilomètres sans préparation parfaite, on ne peut pas penser à quinze kilomètres.
Ce n’est pas un conseil de coach.
C’est une question de survie mentale.
Si tu regardes la totalité, tu t’effondres avant le troisième virage.
Alors tu découpes.
La prochaine montée. La prochaine descente.
Le prochain arbre. Le prochain virage. Juste le prochain pas.
La prise de décision, dans la vie comme dans le sport, est rarement confortable.
La question n’est pas : Est-ce que ce projet sera rentable dans trois ans ? Est-ce que je réussirai ? Est-ce que je serai reconnue ?
La question est : Est-ce que je fais le prochain pas ?
À Beaune, je n’ai pas gagné en soi.
J’ai terminé.
Et j’ai terminé parce que je n’ai jamais couru pour battre quelqu’un.
J’ai couru pour tenir ma décision.
Regarder la ligne d’arrivée pour savoir si on sera première, deuxième ou dernière, c’est une distraction. Regarder le prochain pas, c’est une stratégie.
Décider, ce n’est pas viser une place. C’est choisir d’aller jusqu’au bout.
Même si on arrive courbée. Même si on arrive dernière. Même si personne n’applaudit.
Parce que la seule personne qui devait être convaincue, ce jour-là, c’était moi.
2. Le mental ne se révèle pas dans le confort. Il se construit dans l’inconfort.
On parle souvent de mental comme d’un trait de personnalité.
Comme si certaines femmes « avaient ça » et d’autres non.
Genre c’est inné, ou pas.
Ce n’est pas vrai.
Le mental ne tombe pas du ciel.
Il se forge au moment précis où tout devient moins confortable que prévu.
À Beaune, ce n’est pas la neige qui était difficile.
Ce n’est pas la boue.
Ce n’est même pas le fait d’être dernière.
Le plus difficile, c’était le dialogue intérieur.
Celui qui propose la sortie honorable.
Celui qui rationalise l’abandon.
Celui qui murmure : Tu as déjà prouvé quelque chose. Tu peux arrêter.
Dans un projet, c’est pareil.
Le moment critique n’est pas le lancement.
C’est le creux.
Quand l’enthousiasme redescend.
Quand les retours ne sont pas immédiats.
Quand l’extérieur ne valide pas encore.
C’est là que se joue la posture.
Pas dans l’annonce. Pas dans l’idée.
Dans la capacité à rester.
Rester quand personne ne regarde.
Rester quand l’ego n’est pas nourri.
Rester quand la progression est invisible.
Le mental, ce n’est pas forcer.
C’est décider de continuer malgré l’inconfort.
Et ça, ce n’est pas un don.
C’est un entraînement.
Chaque décision tenue muscle quelque chose.
Chaque abandon non justifié affaiblit quelque chose.
À Beaune, j’ai musclé ma capacité à rester.
Pas brillante. Pas héroïque.
Juste alignée.
3. L’incertitude n’est pas un problème. C’est le terrain.
Pendant longtemps, j’ai cru que l’incertitude était un signal d’alerte.
Quelque chose à résoudre avant d’avancer.
Comme si je devais éliminer le doute pour être légitime.
Éliminer le risque pour être sérieuse. Éliminer le flou pour être crédible.
Mais ni le trail, ni l’entrepreneuriat, ni la vie réelle ne fonctionnent comme ça.
À Beaune, je ne savais pas si j’allais finir.
Même si j’étais partie en mode je viens cocher une case.
Même si, au départ, je me sentais presque souveraine.
La réalité a rapidement remis les choses à leur place.
La neige. La boue. Le balisage approximatif. Les lunettes embuées. La fatigue.
La confiance initiale ne garantit rien. L’élan du départ ne protège pas du milieu.
Et c’est là que j’ai compris quelque chose d’essentiel :
Ce n’est pas la confiance du début qui compte. C’est la décision du milieu.
On attend souvent que la certitude arrive pour agir.
Mais la certitude est un luxe rare.
Ce qui existe vraiment, c’est l’envie. Et la décision.
L’envie dit : j’y vais.
La décision dit : je reste quand ça devient inconfortable.
L’incertitude ne disparaît pas après la première action. Elle change simplement de forme.
Quand j’ai publié le premier article de Mademoiselle Maman, je n’étais pas certaine que des femmes liraient.
Je n’étais pas certaine que cela mènerait quelque part.
Je ne le suis toujours pas, si je suis totalement honnête.
Mais j’ai compris une chose :
On ne décide pas parce qu’on est sûre.
On décide parce qu’on accepte de traverser l’incertitude sans lui donner le pouvoir de nous arrêter.
L’incertitude n’est pas un obstacle.
C’est le terrain.
Celles qui avancent ne sont pas celles qui n’ont pas peur.
Ce sont celles qui décident malgré le flou.
Ce que le corps apprend que la tête résiste à croire
Ces deux trails ne m’ont pas appris à courir.
Ils m’ont appris à décider.
Décider quand les conditions débordent.
Décider quand l’ego est remis à sa place.
Décider quand l’incertitude ne disparaît pas.
Le corps sait.
Il sait quand on tient.
Il sait quand on triche.
Il sait quand on s’abandonne à l’excuse confortable.
À Beaune, j’étais dernière.
Mais je n’étais pas en échec.
J’étais alignée.
Et cette nuance change tout.
Parce qu’au fond, ce que nous cherchons n’est pas la performance.
C’est la cohérence.
Et si le vrai sujet n’était pas le trail ?
Si je suis honnête, le trail n’est qu’un décor.
Le vrai sujet, c’est ça :
Qu’est-ce que tu décides de porter jusqu’au bout ?
Qu’est-ce que tu continues quand c’est inconfortable ?
Qu’est-ce que tu abandonnes parce que ce n’était jamais vraiment à toi ?
Beaucoup de femmes ne manquent pas d’organisation.
Elles manquent de décisions claires.
Elles portent trop.
Pas parce qu’elles ne savent pas planifier.
Parce qu’elles n’ont jamais décidé ce qu’elles acceptaient vraiment de porter.
Le problème n’est pas le manque de temps.
C’est le manque de hiérarchie intérieure.
Moi aussi, j’ai porté des choses qui n’étaient pas les miennes.
Moi aussi, j’ai attendu « le bon moment ».
Jusqu’à ce que je comprenne que le bon moment est souvent celui où l’on accepte que ce ne sera jamais parfait.
C’est exactement pour ça que je travaille aujourd’hui sur le kit reset organisation.
Pas pour apprendre à faire plus.
Mais pour apprendre à décider mieux.
Décider ce qui compte.
Décider ce qui sort.
Décider ce qui mérite d’être tenu jusqu’à l’arrivée.
Comme au kilomètre 7.
Comme sous la neige.
Comme quand personne n’applaudit.
Reprendre le contrôle de son organisation commence souvent par une décision intérieure.
Si tu te reconnais dans cette fatigue de porter sans avoir vraiment choisi…
Alors peut-être que ce n’est pas un nouveau planning dont tu as besoin.
Les premières places sont réservées aux femmes inscrites sur liste d’attente.
Tu ne t’engages à rien.
Tu choisis simplement d’être informée.
Et parfois, le premier pas, c’est déjà une décision.
Et toi — quelle décision tu portes depuis trop longtemps sans avoir encore appuyé sur « go » ?
Pour aller plus loin : Tu n’es pas désorganisée. Tu portes trop. https://mademoisellemaman.com/surcharge-mentale-femme-active-portes-trop/ —
si tu te bats avec la surcharge invisible, cet article est peut-être le bon prochain pas.
👉🏿 Je rejoins la liste d’attente — Kit Reset Organisation👇🏿👇🏿
L’histoire du trail me rappelle mes 27km lors de la marche du thé de Buea à Limbe. Je n’étais pas prête mais j’y suis allée. Dans les larmes et la douleur j’ai fini mon parcours. Je n’étais ni première ni dernière mais j’étais fière. Plus tard la vie m’a enseignée que si tu ne prends pas la décision aujourd’hui c’est en réalité que l’objectif ne te tient pas suffisamment à cœur. Le premier pas c’est maintenant. Je conclue avec mon leitmotiv « Même le ciel n’est pas la limite »