J’ai couru mon premier trail le 23 novembre. J’ai kiffé.

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Il est 7h quand je ferme la porte de chez moi.
Il fait moins 3.
Ressenti moins 10… selon mon corps et mes doigts.
Le froid s’invite partout, sans demander la permission.
Il pique. Il mord. Il réveille.

Avant même de commencer, une question revient, insistante :
Pourquoi je fais ça ?


À la base, c’était 13 kilomètres.
C’est ce qu’on m’avait dit.
C’est ce que j’avais intégré.
C’est avec ça que j’avais signé.

Et puis le jour J, j’apprends que…
ce sera finalement plus proche de 15 km que de 13.
Un détail, paraît-il.
Pas pour mes jambes.
Pas pour ma tête.

C’était mon premier trail.

Un trail de débutante, sans objectif de chrono, mais avec beaucoup de questions.


Le déclic. Ou ce besoin discret de me sentir capable.

Peut-être que je me suis inscrite pour cocher une case.
Une de celles qui traînent depuis trop longtemps sur cette bucket list que je recommence régulièrement.
Faute de temps. Faute d’énergie. Faute de priorité.

Peut-être que ce trail n’était qu’une ligne de plus, écrite puis effacée, encore et encore.
Jusqu’à ce jour où j’ai cliqué sur s’inscrire avant de trop réfléchir.

La route, en réalité, ne m’a jamais fait rêver.
Je la trouve monotone. Droite. Répétitive.
On avance sans lever les yeux, comme si penser ailleurs était interdit.

Le trail, on me l’a raconté autrement.
On m’a parlé de paysages.
De chemins qui tournent, montent, descendent.
D’un rythme moins tyrannique.

En théorie.

Parce que le trail a aussi son autorité.
Elle ne crie pas.
Elle ne discute pas.

Elle s’appelle le dénivelé.

Et Dame Dénivelé a ce talent rare :
elle vous rend humble,
sans jamais demander votre avis.

Ce n’était pas une légende.

Ce premier trail, je l’ai couru dans le Beaujolais.
Les collines qui ondulent. Les vignes nues de novembre.
La lumière froide qui change à chaque virage.
Mes yeux faisaient le travail avant mes jambes.

Je ne cherchais pas un record.
Je ne cherchais même pas à bien courir.
Je voulais vivre la course, pas la traverser.

Peut-être que je me suis inscrite pour sortir de ma zone de confort.
Pas pour impressionner.
Pour me prouver, simplement, que je peux le faire.

J’avais besoin de sentir que j’en suis capable.


La préparation. Ou ce qu’on ose appeler préparation.

Préparation est un grand mot.
Quelques sorties de 6 ou 7 kilomètres.
Trois fois par semaine, quand c’était possible.
Une paire de chaussures achetée un peu tard.

La veille, j’ai failli envoyer un message.
Une excuse propre, crédible.
Puis je me suis arrêtée.

Pourquoi je fais ça, déjà ?


Le départ. La bonne humeur avant l’inconnu.

L’ambiance est étonnamment joyeuse.
De la musique.
Des rires.
Des gens déguisés.

Des regards complices, des sourires francs.
Comme si on savait tous qu’on allait en baver,
mais qu’on avait décidé de le faire ensemble.

Les premiers kilomètres passent vite.
L’euphorie joue son rôle.
Le paysage aide.

Je me surprends à penser :
tu gères, cocotte. T’as vu ?


Le doute s’installe.

Kilomètre 6.
Les cuisses commencent à parler.
Le souffle se raccourcit.

Quelqu’un me dépasse. Puis dix autres.
Je ralentis.

Pourquoi je fais ça ?
Qui m’a demandé de m’inscrire ?
Je pourrais m’arrêter. Personne ne m’en voudrait.

La première vraie montée arrive.
Elle fait mal. Vraiment.

Je marche.
Et ici, marcher n’est pas tricher.
C’est écouter.


Le mur. Celui qu’on ne négocie pas.

Kilomètre 10… et après.
À ce moment-là, je ne sais plus très bien comment je respire.
Par la bouche ?
Par les oreilles ?
Par les yeux, peut-être.

Mes lunettes semblent peser une tonne.
La buée n’aide pas.
Chaque détail devient un obstacle.

Je crois que j’ai failli pleurer.
Vraiment.

Et puis, la magie du trail.

Dans le trail, il y a quelque chose de profondément humain.
Ces coureurs qui t’encouragent quand ils voient que tu es en galère.
Un mot. Un regard. Un sourire.

Et ça change tout.
C’est un vrai booster.

Je me surprends même à encourager à mon tour.
Une camarade déguisée en abeille.
On échange quelques mots, un sourire essoufflé.

À cet instant, je ne suis plus seule.
On avance ensemble. Chacun à son rythme.


Ce qui m’a fait continuer.

Ce n’est pas le courage.
Ce n’est pas l’ego.

C’est une détermination tranquille.
Une colère douce.

Je serre les dents.
Je remets un pied devant l’autre.
Pas vite.
Mais encore.


Les derniers kilomètres.

Le paysage devient flou.
Le temps aussi.

Je n’essaie plus d’aller vite.
J’essaie juste d’avancer.

Quand la ligne d’arrivée apparaît, il n’y a pas d’explosion.


Pas parce que ce n’est pas important.
Mais parce que je n’ai tout simplement plus l’énergie pour ça.

Il y a autre chose.

Un calme.
Une surprise.
Et au-delà de la fierté, une forme de reconnaissance envers moi-même.
D’avoir été là. D’avoir tenu. Jusqu’au bout.


Après. Et ce que ça a vraiment changé.

Mon trail, ce n’était pas 15 km dans la montagne.
C’était la preuve que je peux.
Et que je sais me réinventer.

Que mon corps,
que ma tête,
que ma vie à 40 ans
peuvent encore me surprendre.

Et comme je suis un peu cinglée…

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J’ai remis le couvert le 03 janvier,
dans les paysages de Beaune.
Juste après les fêtes.
Dans des conditions météo encore plus difficiles que lors du Bacchus Trail.

Je n’ai pas recommencé parce que je suis masochiste.
J’ai recommencé parce que courir 15 km dans la boue et la sueur
libère quelque chose en moi.

Le premier trail m’a appris que je POUVAIS.
Le deuxième m’a prouvé que je VEUX.

Que ce n’était pas un accident.
Pas une simple case à cocher sur une bucket list.

Que la femme qui franchit des lignes d’arrivée à 40 ans,
c’est bel et bien moi.


Et après ?

En 2026, je ferai d’autres trails.
Comme une petite boussole.
Un repère.
Un rappel de ce que je suis capable de faire quand je doute.

Mais je vais attendre que l’hiver passe, einh.
Courir dans la neige, avec du dénivelé ++ et des chemins glissants,
ce n’est pas à faire trop souvent pour moi.

Ce que je sais, en revanche,
c’est que le trail est entré quelque part.
Discrètement.
Durablement.


Et toi ?

👉 Et toi, quelle expérience t’a fait murmurer “ok, je peux”… avant de t’élancer en “en fait, je veux” ?

4 réflexions sur “J’ai couru mon premier trail le 23 novembre. J’ai kiffé.”

  1. Belle plume…une expérience racontée et le lecteur se croit dans le peloton. Le texte est léger et agréable à la lecture. Big UP!!!
    C’est mon exercice favori, le trail ou encore la randonnée en montage comme je l’appelle. Et au sommet j’aime me plier à un rituel : me déchausser et sentir la pierre…un régal!

  2. NGA Stéphanie Alice marie

    Bravo mademoiselle maman , je kiffe ce que tu fais, j’aimerais bien être de la partie mais hélas…..

  3. Alors là ma petite sœur, tu es courageuse et formidable. C’est très bien de faire ce qu’on aime surtout si ça te permet de voir plus loin, plus haut, plus grand. A 40 ans tout est possible. Il y a beaucoup d’opportunités. Continue. Tu as tout mon soutien. Bravooooo.

  4. Je me rappelle de ce « je peux » de Buea à Limbé à travers les champs de thé en 2013. J’ai crié, transpiré, pleuré…mes chaussures en sont sorties abîmées et je me rappelle de ce Monsieur, Sénégalais à son accent qui m’a encouragée à finir les 3 des 27 km que nous avions parcourus.

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