Peut-être que toi aussi,
tu t'es déjà dit qu'il fallait tenir.
Encore un peu.
Encore mieux.
Encore sans faillir.

Peut-être que tu confonds parfois exigence et valeur.
Comme si lâcher quelque chose revenait à te perdre un peu.

Moi, longtemps, j'ai cru que c'était normal.

J'ai longtemps cru que la force faisait partie de mon caractère.
En réalité, c'était une consigne.
Une consigne murmurée, répétée,
qui s'est lentement, mais profondément, ancrée.

Quand la force devient une obligation.

On me l'a tellement dit.

Sois forte pour ton père.
Sois forte pour tes frères.
Sois forte pour ton mari.
Sois forte pour tes enfants.

Tellement dit que j'ai fini par intégrer, sans même m'en rendre compte, qu'il ne saurait en être autrement.

Et après… on fait comment ?

On n'ose pas pleurer.
On n'ose pas appeler à l'aide.
On n'ose pas dire :
là, maintenant, j'aurais juste besoin de poser ma tête quelque part.

Sans avoir à expliquer.
Sans avoir à rassurer.
Sans avoir à être forte, encore.

À force de tenir, j'avais oublié que respirer comptait aussi.

Ce n'était pas un renoncement.
C'était un déplacement.

Poser l'armure

Dire quand ça déborde.

Depuis quelques semaines, j'essaie de faire différemment.
Je n'ai pas encore la prétention de faire un bilan.

Mais je sens déjà que ce n'est pas simple.

J'ai fait le pas, auprès de certains, de dire quand ça déborde.

Et ce n'était pas toujours reçu comme je l'imaginais.

Non pas par indifférence.
Mais parce que, depuis longtemps, ils me connaissent dans une version solide. Stable.

Celle qui se démène pour tout le monde.
Qui anticipe, organise, trouve des solutions.
Et qui encaisse, sans trop en dire.

Sortir de ce rôle-là, ce n'est pas simplement parler.

C'est déplacer un équilibre installé depuis longtemps.
Des années. Parfois des décennies.

Aujourd'hui, j'accepte de ne pas maîtriser la manière dont c'est reçu.

J'accepte que certains soient déstabilisés.
Que d'autres ne sachent pas quoi faire de cette Armelle qui apprend à ne plus se vider.

J'accepte aussi que tout le monde n'ait pas les bons mots.
Ni au bon moment. Ni comme je l'aurais espéré.

Ce que je maîtrise, en revanche, c'est de ne plus me taire pour préserver un équilibre qui me coûte trop cher.

Un endroit pour déposer l'armure.

Alors j'ai commencé à créer un coin.

Pas un lieu à part. Pas ailleurs.

Juste un espace, chez moi, où j'accepte d'être vulnérable.
Faible, parfois.
Fatiguée, souvent.

Ma chambre.
Le silence.
Le droit de poser les armes, enfin.

Un endroit où je ne me corrige pas.
Où je ne me redresse pas tout de suite.

Parfois, cet endroit prend le visage d'une amie. D'un proche.

Et je mesure ma chance.
Je suis plutôt bien entourée.

Ce qui n'est pas toujours facile, en revanche, c'est d'y aller.

De faire ce pas-là.
D'oser tendre la main sans attendre d'être au bord de l'épuisement.

J'apprends aussi ça.
Ne plus tout porter seule jusqu'au dernier moment.

Ce que je transmets à mes fils

Pas pour leur dire que la maison n'est pas sûre.
Mais pour leur montrer qu'elle l'est assez pour qu'on puisse y poser son armure.

Je ne renonce pas à ma force.

J'apprends à poser ma tête là où je m'autorise à être vulnérable.

Et à relâcher mes épaules.

Mes vœux pour toi.

Alors, pour cette nouvelle année, je te souhaite une chose simple.

Un endroit.

Un endroit où tu peux, toi aussi, poser ta tête sans avoir à expliquer.
Relâcher les épaules sans t'excuser.

Je te souhaite une année douce,
un peu plus juste avec toi-même.

— Armelle